Réponse à la réponse (des étudiants/CCA)

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Chers collègues,

Merci de votre réponse témoignant de votre engagement pour un système de santé assurant l’égalité d’accès à des soins de qualité pour les patients grâce à un financement solidaire. Le principal risque actuellement est en effet la privatisation rampante du financement du système de soins en transférant la prise en charge des soins courants vers les assureurs privés, laissant à la Sécurité sociale la prise en charge des patients les plus pauvres et de ceux atteints des maladies les plus graves. Les membres des classes moyennes « bien portants » seraient ainsi amenés à payer deux fois : une fois leur assurance privée (mutuelle) pour eux et leur famille, et une fois la Sécu pour les autres. La solidarité n’y survivrait pas longtemps.

C’est une très bonne chose que vous ayez obtenu pour le tiers payant un flux unique de paiement piloté par l’Assurance maladie obligatoire. Merci d’avoir mené ce combat. Un pas de plus pourrait être l’adoption par vos organisations de la Charte pour une santé solidaire. Le chemin sera long pour que cette Charte finisse par s’imposer.

En ce qui concerne l’organisation du système de santé vous évoquez l’époque heureuse des hôpitaux que nous avons connue quand nous étions internes et chefs de cliniques. Ce bonheur avait une triple dimension: la très grande liberté des professionnels compensant une charge de travail importante, le sentiment d’unité fondamentale de la médecine malgré le processus de spécialisation et enfin l’impression de participer à un immense progrès scientifique et social. Mais nous n’avons aucune nostalgie du mandarinat ! La grande réforme de 1958 a vu ses effets négatifs devenir de plus en plus prégnants à partir des années 1980 : coupure avec la ville, clivage infondé entre praticiens hospitaliers et universitaires, relégation de l’enseignement loin derrière la recherche et les soins , manque de collégialité dans la gestion des services, défaut d’organisation d’une authentique communauté médicale… Cela fait au moins 30 ans qu’il aurait fallu revoir complètement la réforme de Robert Debré !

Vous évoquez aujourd’hui le « virage ambulatoire ». Les mots peuvent être trompeurs. On pourrait croire qu’avec leurs 18 millions de passages, les urgences hospitalières illustrent ce grand « virage ambulatoire » ! Il s’agit plus précisément de relever le défi du vieillissement de la population, de l’ « épidémie » des maladies chroniques, de la prévention de leurs complications et de leur prévention tout court. La prise en charge des 9 millions de patients en ALD coûte 65% du budget de la Sécurité sociale. Or notre système de soins clivé entre l’hôpital, la médecine de ville et le médicosocial n’est pas adapté ni sur le plan de son organisation, ni sur le plan de ses modes de rémunérations et de financements. Nous avons besoin d’une médecine personnalisée, intégrée (biomédicale pédagogique et psychosociale), coordonnée entre les professionnels et entre la ville et l’hôpital. Cette médecine suppose un travail en équipe médicale et paramédicale et une transformation de la relation entre les soignants et les patients. Le paiement à l’acte comme la T2A sont inadaptés mais les syndicats de la médecine libérale sont attachés au premier comme la technocratie gestionnaire est accrochée à la seconde, alors qu’il faudrait mettre en place une diversité des modes de rémunérations et de financements en fonction des activités. Réclamer la consultation du MG à 25 euros peut être légitime dans la compétition des corporatismes mais ne répond en rien à l’exigence de nouvelles conditions d’exercice.

La « Stratégie nationale de santé » a posé le bon diagnostic mais la loi n’apportera qu’un traitement homéopathique d’autant que désormais les lois de réforme de la santé sont dissociées des lois de financement de la Sécurité sociale d’une part et des réformes des études médicales d’autre part. On peut à la fois, réaffirmer dans la loi le Service public hospitalier et maintenir une gestion basée non pas sur le juste soin au moindre coût pour la collectivité mais sur la recherche de la rentabilité ! C’est effectivement d’une refonte d’ensemble dont notre système de santé aurait besoin, mais les conditions politiques ne sont pas réunies. Nous ne sommes ni en 1945, ni en 1958. Encore faut- il faut rappeler que dans les deux occasions, le monde médical s’est violemment divisé entre les pour et les contre, pour et contre la Sécu , pour et contre le plein temps de service public. Parmi les médecins opposés aux mutuelles, il y a toujours hélas des médecins hostiles à la Sécurité sociale, « madame la caisse », et beaucoup plus encore qui estiment qu’ils n’ont pas à se préoccuper des coûts pour la collectivité de leurs prescriptions

Il appartient aux médecins attachés à une médecine égalitaire et solidaire de faire des propositions pour une mutation de notre système de santé. Nous nous réjouissons à l’idée de travailler avec vous en sachant qu’il nous faut échanger et élaborer avec d’autres professionnels, des paramédicaux bien sûrs mais aussi des économistes, des sociologues, des gestionnaires, des juristes et avec les représentants des patients.

Il ne saurait être question dans les conditions actuelles de prétendre bouleverser le système mais plus réalistement de construire avec ceux qui le souhaitent et en particulier avec les jeunes médecins et paramédicaux, un nouveau système de santé à côté de l’ancien entré en apoptose. Encore faudrait-il que l’Etat et ses agences n’empêchent pas mais au contraire facilitent son développement.

 

Bien cordialement

 

André Grimaldi

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