Les doubles discours de la bureaucratie hospitalière

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Le 17 décembre dernier, au Musée des moulages de l’Hôpital Saint-Louis, était lancé en grandes pompes l’ouvrage Soigner l’Humain. Un manifeste pour un juste soin au juste coût, paru ce même mois au Presses de l’EHESP. L’assemblée était fournie. De nombreuses personnalités officielles étaient venues célébrer l’ouvrage, relatant et analysant les innovations que portent les Permanences d’Accès aux Soins de Santé (PASS) en matière de prise en charge des personnes vulnérables et présentant une intrication des problèmes médicaux, psychologiques, sociaux, juridiques, etc. Etaient présents Mme la directrice générale de l’Hôpital Saint-Louis, M. le directeur général de l’EHESP, M. le directeur général de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France, M. le directeur général de l’Agence Nationale d’Appui à la Performance, Mme la représentante du directeur général de l’organisation des soins, etc. Tous ont unanimement célébré l’utilité, la qualité et l’inventivité des PASS, dont certaines innovations pourraient irriguer l’ensemble du système de soins.

Et pourtant ! Dès le mois de janvier 2016, le Dr Claire George-Tarragano, responsable de la PASS Saint-Louis, directrice de l’ouvrage précité, fondatrice active du collectif PASS national se voit signifier que les locaux de la Consultation Verlaine, déjà exigus, seraient amputés du bureau… du Dr Claire George ! Ainsi, en décembre, la PASS Saint-Louis est un modèle ; en janvier elle devient une insupportable charge spatiale… Comprenne qui pourra. Ou pas. Car, de telles situations, relevant de l’oxymore, de l’injonction contradictoire, de la maltraitance institutionnelle, se banalisent, recouvertes qu’elles sont par des discours aussi généreux que lénifiants. Il est fascinant de constater que celles et ceux qui font les réformes de l’hôpital prétendent incarner la Rationalité – avec un R majuscule – contre les « corporatismes » étroits et forcément intéressés des professionnels de santé. Pourtant, tous les travaux de sciences sociales l’ont abondamment démontré : la bureaucratisation du monde n’aboutit pas à instiller plus de rationalité dans la société. En plus de faire vivre les bureaucrates, elle instaure juste une « cage d’acier » comme disait le sociologue allemand Max Weber. On en a encore une nouvelle fois la preuve.

Alors rappelons une évidence : les PASS fonctionnent avec peu de moyens matériels, humains, financiers. Pour autant, leur rôle de santé publique est incontestable. Comment se résout cette quadrature du cercle ? Comme à chaque fois : par l’engagement et la vocation des professionnels qui y exercent. Amputer des locaux déjà exigus confrontés à l’afflux de personnes en grande précarité n’est pas seulement une faute gestionnaire. C’est une insulte à l’intelligence collective des équipes et, pis, une impardonnable démonstration de mépris pour ces professionnels. Et si, plutôt, on commençait à réduire les locaux de la direction générale de l’AP-HP ?

« Où va le management public ? » se demande une récente note rédigée par l’économiste Maya Bacache Beauvallet pour le think tank Terra Nova. La réponse est simple : dans le mur. Et les patients les plus fragiles avec lui.

 

Frédéric PIERRU

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