Communiqué sur les 35 heures à l’AP-HP

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L’AP-HP vient d’ouvrir la négociation sur l’organisation du temps de travail. Cette négociation ne remet pas en cause les 35 heures comme durée hebdomadaire de travail, mais a pour objectif selon la direction d’adapter l’organisation du travail aux nouveaux besoins des patients, d’améliorer les conditions de travail et de permettre de « défendre l’emploi à l’AP-HP ». Il s’agit de faire des économies en réduisant le nombre de jours de récupération du temps de travail, c’est-à-dire de demander au personnel de travailler plus en gagnant autant. En échange la direction générale fait des promesses : stabiliser les plannings de travail aujourd’hui fluctuants, ce qui est une source de désorganisation quotidienne des équipes de soins, et surtout maintenir les effectifs, en évitant de supprimer dans les 5 ans 4000 emplois, dans l’espoir d’un retour à l’équilibre financier. Mais la tenue de ces promesses dépend d’autres facteurs, en particulier des tarifs des séjours, qui sont revus à la baisse année après année, et des plans d’économie des dépenses publiques, qui frappent particulièrement le secteur de la santé et les établissements hospitaliers.
Il faudrait être aveugle pour nier la nécessité d’une réorganisation : l’augmentation du nombre de séjours de patients et la réduction de la durée de ces séjours, entraînées par les évolutions de la médecine mais aussi par la tarification à l’activité, de même que l’inflation des procédures administratives et du « reporting » ont provoqué une intensification du travail pour les personnels, qui doivent réaliser plus d’actes en un temps réduit, ce que les gestionnaires saluent comme « une augmentation de la productivité » « grâce à un travail à flux tendu ». Le personnel en souffre avec une impression fréquente de travail mal fait et le sentiment « de devoir jongler en permanence ». Les malades aussi en souffrent. Sur la chaine de montage du soin, l’accélération est délétère pour tous : personnels travaillant aux pièces, malades transformés en objets de soin. Quand le travail s’intensifie et s’éloigne de ce que l’on en attend, quand la motivation, moteur de l’engagement, s’effrite, ce qui fait tenir c’est la certitude que le temps de repos va très rapidement arriver. Il y a des « avantages » indéniables à travailler à l’APHP : jours de récupération supplémentaires, jour donné pour la fête des mères, intégration du temps de repas dans le temps de travail… mais ce ne sont que des « contreparties » quand on habite à une heure ou deux de son lieu de travail. Drôle d’époque où les médecins comptent leurs heures et les infirmières leurs minutes. On a inventé la journée de 7 heures 36 minutes !
Ne faudrait-il pas au préalable s’interroger sur le sens que les méthodes actuelles de management et d’encadrement donnent au travail soignant ? Dans un souci de bien-être et de meilleure efficacité, chacun doit pouvoir s’accomplir dans le travail en équipe, au sein de son service, plutôt que d’être considéré comme un pion que l’on déplace au fil des besoins, que l’on appelle en catastrophe pour boucher un trou dans le planning et que l’on place dans l’impossibilité de prendre les jours de repos auquel il a droit ou d’en recevoir la rétribution.
Retrouver du temps est une impérieuse nécessité pour diminuer la souffrance au travail, réduire l’absentéisme, assurer la stabilité des équipes de soins, redonner la fierté du travail bien fait. Économiser en même temps 20 millions par an et maintenir des effectifs constants tient de l’équation insoluble. La direction générale ne pourra pas transformer le plomb en or ! L’AP-HP, comme plus de la moitié des hôpitaux, devra geler des investissements et supprimer des emplois, entraînant inévitablement la dégradation de la qualité des soins. Voilà où nous ont mené des politiques contradictoires, de gauche comme droite : diminuer le temps de travail sans en donner les moyens humains et financiers, généraliser la tarification à l’activité tout en limitant l’enveloppe budgétaire par une baisse annuelle des tarifs, disloquer les équipes par un management réduisant chacun à sa fiche de poste. C’est à l’image de ce qui se passe dans toutes les entreprises ou administration, et avec les mêmes conséquences négatives sur le rapport au travail et la productivité pour les personnels paramédicaux comme pour les médecins. La fin du travail en équipe stable (médicale et paramédicale) ne peut mener à terme qu’à la privatisation. Un nombre croissant de directeurs- « manageurs » finira en effet par demander la fin du statut public des hôpitaux pour avoir « plus de souplesse pour l’embauche et la débauche du personnel, et pour la fixation des rémunérations » à la recherche d’une hypothétique « rentabilité financière » déconnectée des besoins de santé.
Retrouver des marges de manœuvre, une fois remises à plat les anomalies historiques, suppose de donner plus de liberté aux professionnels. Il faut d’abord en finir avec le « tout T2A » et revenir à un financement sous la forme d’une dotation annuelle modulée en fonction de l’activité (D2A) pour les services traitant les pathologies chroniques avec liberté donnée aux professionnels d’organiser au mieux la prise en charge des patients, en favorisant l’ambulatoire et la télémédecine. Cela mettrait un terme à la course suicidaire du « toujours plus » actuel. Au-delà de la renégociation engagée sur les amplitudes quotidiennes de travail et sur le nombre de jours de récupération du temps de travail, il nous paraît essentiel d’affirmer que ce n’est pas sur la masse salariale des personnels soignants qu’il faut faire des économies, c’est sur les activités non justifiées, sur les doublons inutiles, sur les coûts abusifs des nouveaux médicaments et dispositifs médicaux, sur l’inflation des coûts de gestion. La gestion du système de santé représente 7% des dépenses de santé, soit plus de 16 milliards d’euros par an. Qui s’en soucie ?

Pour le MDHP: Daniel Annequin, Bernard Granger, André Grimaldi, Agnès Hartemann Philippe Lévy, Paul Legmann, Vincent Meininger, Jean-luc Mouthon, Thomas Papo, Antoine Pelissolo, Julie Peltier, Ronan Roussel, Rémi Salomon, José Timsit, Dominique Valla, Jean-Paul Vernant

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