Cash investigation: les commentaires d’André Grimaldi, Frédéric Pierru et Nicolas Belorgey

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André Grimaldi, médecin:

« Beaucoup m’ont demandé de commenter l’émission Cash Investigation consacrée à l’hôpital et aux statines.

1°) La première partie sur l’hôpital et sur les directeurs est assez caricaturale mais la dénonciation de la logique productiviste de la T2A conduisant à l » up-coding » m’a semblé assez bien vue, les commentaires du sociologue Frédéric Pierru m’ont paru excellents.
Néanmoins, l’émission n’a porté que sur l’hôpital public dont les personnels protégés par leur statut peuvent parler et non sur les établissements privés dont les professionnels sous contrat se taisent.

2°) La 2ème partie mélangeait perfidement 2 débats: celui sur les conflits d’intérêts et celui sur l’efficacité des statines.
On peut être convaincu de l’efficacité des statines et ne pas avoir de conflits d’intérêts. Et réciproquement, comme le montre le cas singulier de l’ex-président de l’institut privé Necker, grand accusateur des statines (il a dû démissionner précipitamment de sa présidence en raison de ses liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique qu’il dénonce ou loue, à la carte).
Ceci dit le pivot de l’argumentation reposait sur l’accusation de manipulation des données de l’étude Jupiter réalisée chez des personnes en prévention primaire.

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Approche médicale de la crise

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par Laurent Degos, en complément de sa chronique parue le 02/06/2015 dans La Croix

En période de crise, qui n’est en fait qu’une mutation due au progrès médical, chacun défend son pré carré et se réfère à des valeurs multiples, catégorielles, de contraintes financières, de défense de l’emploi, de sécurité, de qualité, et d’efficience. En fait la seule valeur en santé est le résultat médical obtenu après la prise en charge du patient. Lire la suite

FHF: comment les pouvoirs publics organisent le déficit des hôpitaux publics

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A l’occasion des derniers Salons Santé Autonomie (19 au 21 mai), le Ministère de la Santé a annoncé une aggravation probable du déficit des hôpitaux publics en 2014. Le chiffre avancé est de l’ordre de 400 millions d’euros.

La FHF avait, quant à elle, pronostiqué une diminution du déficit 2014 par rapport à celui de 2013, en raison notamment d’une campagne budgétaire et tarifaire plus équitable que les années précédentes. C’était hélas sans compter sur le tour de passe-passe des Pouvoirs Publics. L’aggravation du déficit est en effet le simple et consternant résultat du non-respect par l’Etat de ses engagements. Lire la suite

Communiqué de médecins et pharmaciens de l’AP-HP sur la réforme du temps de travail

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La direction de l’AP débute les négociations sur la réforme du temps de travail des personnels hospitaliers.
Nous sommes des médecins et pharmaciens hospitaliers attachés a l’hôpital public et à ses équipes, et partageons l’inquiétude exprimée par les personnels.
Nous avons déjà constaté depuis plusieurs années la dégradation des conditions de travail des équipes hospitalières. Lire la suite

Communiqué sur les 35 heures à l’AP-HP

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L’AP-HP vient d’ouvrir la négociation sur l’organisation du temps de travail. Cette négociation ne remet pas en cause les 35 heures comme durée hebdomadaire de travail, mais a pour objectif selon la direction d’adapter l’organisation du travail aux nouveaux besoins des patients, d’améliorer les conditions de travail et de permettre de « défendre l’emploi à l’AP-HP ». Il s’agit de faire des économies en réduisant le nombre de jours de récupération du temps de travail, c’est-à-dire de demander au personnel de travailler plus en gagnant autant. En échange la direction générale fait des promesses : stabiliser les plannings de travail aujourd’hui fluctuants, ce qui est une source de désorganisation quotidienne des équipes de soins, et surtout maintenir les effectifs, en évitant de supprimer dans les 5 ans 4000 emplois, dans l’espoir d’un retour à l’équilibre financier. Mais la tenue de ces promesses dépend d’autres facteurs, en particulier des tarifs des séjours, qui sont revus à la baisse année après année, et des plans d’économie des dépenses publiques, qui frappent particulièrement le secteur de la santé et les établissements hospitaliers. Lire la suite

La réponse des étudiants en médecine, des internes et des chefs de cliniques

Nous avons reçu la réponse à la lettre ouverte du MDHP aux internes et chefs de clinique du 10 mars 2015 et nous les en remercions.

La voici:

 

Chers collègues,

Vous avez souhaité nous écrire à la veille de la manifestation du 15 Mars dernier pour nous interpeller sur les enjeux de cette mobilisation. Il nous paraît essentiel de vous répondre, à l’issue des tumultes politiques et syndicaux qui ont suivi cette contestation.

Il est important pour nous de préciser en remarque liminaire que ce rassemblement était évidemment un rassemblement de circonstances, et pas un rassemblement idéologique. Si certains syndicats de médecins étaient farouchement opposés au tiers payant généralisé, nous étions vent debout contre la privatisation du remboursement du soin en ville par l’intermédiaire d’assureurs, au détriment de l’assurance maladie solidaire. Nous sommes engagés dans ce combat depuis plusieurs années, tout d’abord contre la loi Leroux qui a créé les réseaux de soins mutualistes et dont les médecins ont été exclus, grâce, entre autres, à l’intervention des syndicats de jeunes médecins. Lire la suite

Charte pour une santé solidaire

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La santé est notre bien le plus précieux. Sa protection est un principe constitutionnel fondamental. Elle impose une politique de prévention et de réduction des inégalités sociales et territoriales de santé. Elle suppose également de garantir l’égalité d’accès aux soins quand survient la maladie. C’est pourquoi la protection sociale de la santé doit être financée par la solidarité. Mais ce financement est forcément limité, obligeant à faire des choix selon la règle du juste soin pour le patient au moindre coût pour la collectivité, en distinguant ce qui relève de la solidarité, et, à ce titre, devrait être entièrement financé par la collectivité, et ce qui relève de choix personnels. L’évolution de la médecine et de la société, l’aspiration démocratique et égalitaire appellent une Charte pour une santé solidaire fondée sur les principes suivants :

1. Respect des droits des malades 1)dignité, non-discrimination, secret médical, information, codécision et participation

2. Formation à la santé à l’école, au collège et au lycée

3. Prévention et éducation à la santé tout au long de la vie en lien avec le médecin traitant2)avec le concours notamment des services de prévention collective (protection maternelle et infantile, santé scolaire, santé au travail, …)

4. Garantie d’un accès effectif 3)respect des tarifs fixés par les conventions conclues entre la Sécurité sociale et les professions de santé et délais de prise en charge adaptés sur tout le territoireà une médecine de ville universelle 4) définie comme une médecine de ville (professionnels libéraux, centres de santé, …) respectant les tarifs fixés par les conventions conclues entre la Sécurité sociale et les professions de santé, par opposition aux professionnels de santé pratiquant des dépassements d’honoraires et au service public hospitalier Lire la suite

References   [ + ]

1. dignité, non-discrimination, secret médical, information, codécision et participation
2. avec le concours notamment des services de prévention collective (protection maternelle et infantile, santé scolaire, santé au travail, …)
3. respect des tarifs fixés par les conventions conclues entre la Sécurité sociale et les professions de santé et délais de prise en charge adaptés sur tout le territoire
4. définie comme une médecine de ville (professionnels libéraux, centres de santé, …) respectant les tarifs fixés par les conventions conclues entre la Sécurité sociale et les professions de santé, par opposition aux professionnels de santé pratiquant des dépassements d’honoraires 

La quantophrénie, une vieille maladie répandue chez les managers et économistes de la santé

« Il a dû vous arriver de lire cette phrase écrite en général sans ironie : « La science économique nous dit que… ». C’est un effet d’une maladie de l’esprit qui se nomme quantophrénie. Elle a été décrite en 1956 par Pitirim Sorokin (1889-1968), un sociologue américain d’origine russe, dans son livre Fads and Foibles in Modern Sociology and Related Sciences, dont vous trouverez la traduction française ici. Son texte porte principalement sur les sciences sociales et la psychologie, mais il peut être généralisé à toute discipline n’appartenant pas aux sciences dures, en particulier l’économie ou le management. »

La suite sur le blog de Bernard Granger

lien: http://www.dernieresnouvellesdufront.com/?p=108

New Public Management et Nicolas Machiavel

Un article paru dans la Nouvelle Revue Du Travail, par Nicolas Belorgey.

Ce texte s’interroge sur les catégories de pensée et sur les pratiques des consultants du nouveau management public, en particulier sur leur rapport avec un classique de la pensée politique, Le Prince de Machiavel. Ses matériaux sont ce texte canonique et une enquête ethnographique auprès de consultants intervenant dans le secteur public français, notamment ses hôpitaux. Il rend compte tout d’abord d’un certain nombre de continuités entre les deux époques : position subordonnée par rapport au pouvoir, réalisme, pragmatisme, enfin dissimulation et nuisance vis-à-vis de certains acteurs. Il montre ensuite des renouvellements : accentuation aujourd’hui du recours aux mercenaires, usage beaucoup plus développé de la violence symbolique aux côtés de la contrainte pure, morcellement accru du pouvoir politique.