Analyse du programme de santé de François Fillon

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François Fillon a présenté son programme santé . Il analyse assez justement l’impossibilité de poursuivre en l’état avec un système mixte à tous les niveaux : public et privé, financé à la fois par la Sécurité sociale et les assurances privées « complémentaires » (et par le reste à charge pour les ménages), géré à la fois par l’Etat et par la Sécurité sociale et dont les déficits s’accroissent avec le chômage, tandis que le remboursement de la dette est légué aux générations futures.

Il propose donc une mesure similaire au point 12 de la Charte pour une Santé solidaire (ci joint): la règle d’or de l’équilibre budgétaire de la Sécu. Lorsqu’un déficit est enregistré l’année n, l’année n+1 le déficit est comblé automatiquement par une augmentation des ressources ou/et par une diminution des dépenses. Encore faut-il que la décision soit prise après « débat avec les citoyens ». FF semble regretter « que dans les faits, la santé ne fasse pas l’objet d’un réel débat public » (page 10). Il s’agit toutefois d’un simple regret sans repentir de sa part pour la loi techno/bureaucratique dite HPST.

 

Mais pour sortir de la mixité complexe et coûteuse de notre système de santé, il y a plusieurs voies:

1) celle de l’étatisation, épouvantail des professionnels de santé libéraux.

2) celle de la privatisation et de la mise en concurrence sur le marché avec ses conséquences : plus d’inégalité, un peu moins de dépenses publiques mais beaucoup plus de dépenses privées

3) celle de la socialisation grâce à une Sécurité sociale renforcée avec un financement solidaire dédié, remboursant à au moins 80% un panier de soin solidaire , et cogérée par les représentants de l’Etat, des professionnels de santé et des usagers( cf la Charte pour une santé solidaire)

FF se contente de caresser dans le sens du poil « le vieux libéralisme médical  » : « la consultation est moins chère que la coupe de cheveux! » dénonce-t-il, mais il s’est refusé à évaluer ce que pourrait être le juste prix d’une consultation. Il critique de la généralisation du tiers payant car « la position des usagers n’a été estimée que sur la base de sondages privés ». En réalité, derrière un discours d’apparence libérale , l’ancien gaulliste social semble converti au thatchérisme. Il choisit une orientation néolibérale, c’est à dire à la fois plus de privatisation et plus de contrôle étatique, selon la logique d’HPST: le marché et la bureaucratie.

 

Côté privatisation:

– possibilité pour les hôpitaux publics d’adopter « un statut proche de celui des établissements privés à but non lucratif », « le service public hospitalier a beaucoup à apprendre des modes de gestion des meilleurs cliniques »  alors que « les hôpitaux privés ne sont pas traités de façon équitable avec les hôpitaux publics » (page 3) ( cela sent bon le retour à la « convergence tarifaire » assurant une « concurrence libre et non faussée » entre hôpitaux publics et cliniques commerciales !)

– possibilité « pour les médecins hospitaliers d’exercer dans les établissements privés et en ville » (page 5), soit la fin du plein temps hospitalier (Robert Debré, le génial grand père, doit se retourner dans sa tombe !)

– « possibilité pour les cliniques privées d’exercer des missions de service public garantie » (page 5) (retour de la vente à la découpe des missions de service public)

– « focalisation de la Sécurité sociale sur les affections graves ou de longue durée et l’assurance complémentaire sur le reste » (1) , « les assurances privées bénéficiant d’une délégation de service public » pour gérer au meilleur coût « le contrat standard d’assurance santé universelle pour tous ».(donc moins de Sécu et plus d’ assurance privée devenant obligatoire ! Privée donc plus chère moins solidaire, moins égalitaire que la Sécu, mais régulée!)

–  » franchise médicale universelle , fonction des revenus dans les limites d’un seuil et d’un plafond », « le reste à payer étant pris en charge par les assurances complémentaires » (page 11) ( et revoilà le « bouclier sanitaire », bouclier percé qui ne protège pas des dépassements d’honoraires et surtout qui condamne les membres des classes moyennes « bien portantes » a la double peine: je paie une fois la Sécu pour les personnes pauvres et les patients graves et je paie une 2ème fois pour moi et ma famille une complémentaire de plus en plus chère ( rappelons que 5% de la population génère 50% des dépenses de santé) Le résultat final est connu, la fin de la Sécurité sociale solidaire reposant sur le principe: chacun paie non pas en fonction de ses risques mais en fonction de ses moyens et reçoit de façon égalitaire en fonction de ses besoins socialement reconnus).

– D’autant « que les cotisations maladies dites patronales seront basculer vers un mix CSG/TVA », Suppression donc du « salaire différé » et augmentation de la TVA, l’impôt le moins redistributif.

Côté Etatisation:

. Renforcement de l’HAS avec » mise en place d’indicateurs visant à contrôler régulièrement la performance médicale et opérationnelle des établissements » avec « possibilité de pouvoir sanctionner les opérateurs et les professionnels de santé ».(page 10).

. Renforcement des ARS gérant un ORDAM grâce à « des conventions portant sur l’organisation des filières et des parcours de soins ainsi que sur le respect des bonnes pratiques définies par l’HAS ». « Evaluations et contrôles seront renforcés pour assurer la prise en compte des bonnes pratiques et garantir la pérennité du financement » (pages 9 et 11)

Ne manque à l’arsenal managérial bureaucratique que le renforcement du contrôle par « les assurances complémentaires » grâce à la constitution de réseaux de soins avec un conventionnement sélectif (qui semble faire consensus parmi les dirigeants politiques de gauche et de droite). Mais il s’agit d’un chiffon rouge pour les médecins qu’il est préférable de ne pas agiter en période électorale.

 

Enfin pour couronner le tout: « retour à un temps de travail hebdomadaire de 39 heures pour l’ensemble de la fonction publique » (page 7). 39 heures payées, je suppose, 35, mais cela n’est pas précisé. Courage François!

 

Question : Existe-t-il encore un gaulliste social ?

 

PS:  Quand nous, nous parlons de « panier soins pris en charge par la Sécurité sociale », nous parlons des soins qui permettent à tous d’être parfaitement soignés au plus bas coût pour la collectivité. Dans ce cas, il n’y aurait plus d’assurance complémentaire mais seulement des assurances supplémentaires pour des choix personnels (refus des génériques, transports non médicalement justifiés, cures thermales, homéopathie et autres médicaments remboursés à 15% ou 30% ainsi que nombre d’examens complémentaires de « bilans »systématiques non justifiés….)

 

 

Une réflexion au sujet de « Analyse du programme de santé de François Fillon »

  1. Bonjour, Savez-vous ou je peux trouver le « Programme santé » de François Fillon dont tout le monde parle. Le Canard parle de la page 11. C’est pour cela que je cherche non les commentaires ou les « digests » mais le document pdf. Avec tous mes remerciements.

Répondre à VIGNOLES Yves Annuler la réponse.

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